Warning: Missing argument 2 for wp_widget() in /home/namirade/www/wp-includes/widgets.php on line 76
L'aventure d'un film

Blog Archives

30 avr 2011 LA REUNION
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Ce blog dure depuis trop longtemps.  Je suis le premier à souhaiter qu’il s’achève. Comme il prendra fin après la sortie de mon film en salles, mon souhait n’est pas pour tout de suite. En attendant, il continuera a raconter des vérités vraies, que d’autres diront fausses, et vice versa, navigant entre fiction et documentaire.

Parce que notre vie est faite de fictions.

Et qu’il est difficile de savoir où se situe la vérité.

Par exemple, qu’y a-t-il de vrai dans les deux récits suivants ?

1 – La post-production du film est interrompue. Le producteur n’a pas obtenu les financements espérés, et a cessé de chercher de l’argent. Pour que le film ne lui coûte rien, sans qu’il ait à renoncer à ses frais généraux, il met la pression sur le réalisateur pour le contraindre à accepter des délais et conditions de travail préjudiciables au film. Il conditionne la reprise du montage à l’acceptation de son calendrier. Le réalisateur, voyant son travail artistique menacé,  refuse de saborder son oeuvre, et prend un avocat pour sauver son film.

2 – La post-production du film est interrompue.  Le réalisateur a été incapable de terminer le montage dans les délais prévus. Il refuse d’admettre qu’il est perdu, et que son film est raté. Pour s’en sortir la tête haute, il accuse son producteur de ne pas lui donner les moyens de terminer son film, et exige des conditions de travail luxueuses et irréalistes, dans le seul but de retarder l’achèvement de son propre film. Le producteur, dont la réputation dans le milieu est très bonne, refuse de céder à cette surenchère, et prend un avocat pour défendre sa société.

La vérité  n’est peut-être qu’affaire de point de vue.

Comme ce type en voiture sur l’autoroute qui,  rentrant tranquillement chez lui,  allume la radio et tombe sur un flash spécial.

« Attention, on nous signale qu’un fou roule en sens inverse sur l’autoroute. Soyez très prudents »

et le conducteur de s’exclamer :

«  Un fou ? des milliers, oui…. »

Une chose est sure. Avec la production, on ne s’entend plus.

Une  réunion s’est tenue pour discuter des modalités de la reprise du film.

Nous sommes entrés avec des désaccords.

Et nous sommes sortis avec des désaccords.

Là-dessus au moins, nous sommes d’accord.

19 avr 2011 LE POUVOIR DE L’ECRIT
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

A l’école, une de mes enseignantes s’exaspérait dès qu’elle me voyait prendre des notes.

« Arrêtez de noter ce que je dis. Ce qui est écrit est oublié »

Son professeur de Talmud lui avait enseigné que les choses importantes se gravaient dans la mémoire. Tout ce que l’on ne retenait pas étant superflu, il n’y avait pas de raison de l’écrire.

Mais comment aurait fait son professeur pour lui enseigner le Talmud, si personne n’avait pensé à l’écrire ?

Moi, cette semaine, j’ai passé mon temps à écrire.

Après avoir vu mon poids sur la balance, j’ai  décidé de noter en détail tout ce que je mangeais.

Depuis, j’ai perdu deux kilos.

Avec mon producteur aussi on a décidé de s’écrire. On s’échange nos recettes préférées. Pour ne pas en perdre une miette on se les envoie en recommandé.

C’est fou ce qu’on s’écrit depuis qu’on a découvert qu’on aimait cuisiner.

Rien de tel pour renouer avec un producteur.

Je lui propose un avocat bien pimenté, il m’expédie des salades de son cru.

On n’en est qu’aux entrées.

Pour les tartes on attend un peu.

11 avr 2011 L’ETINCELLE
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

J’ai demandé à mon producteur ce qu’on attendait pour reprendre le film.

Il m’avait dit manquer de sous pour  financer la semaine de tournage à Paris, l’étalonnage du film, et d’autres étapes indispensables.

Je m’attendais à ce qu’il m’explique comment il comptait trouver de l’argent.

Mais il avait une autre solution.

Un directeur de post-production.

Sur le coup, je n’ai pas très bien compris.

Comment l’embaûche d’un directeur de post-production allait-t-elle résoudre les problèmes de manque de budget  ?

Son salaire allait s’ajouter aux dépenses du film. Et je ne voyais pas avec quel argent on allait le payer.

La production m’a expliqué qu’un bon directeur de post-production pouvait faire des miracles.

J’ai donc attendu la venue de cet homme providentiel.

Les semaines ont passé.

Sans nouvelles de la production.

Et la fin du mois est arrivée.

La production me devait encore quelques semaines de salaire.

Je lui ai demandé si elle avait prévu de me payer le mois passé.

« Ben non ».

Cette fois, c’en était trop.

Pas seulement à cause de la somme ridicule qu’on me refusait.

Ni à cause de mon statut d’intermittent que j’allais perdre.

Mais à cause du ton de la réponse.

Comme un crachat à la figure.

J’ai décidé de ne plus rien laisser passer.

Et la valse des recommandés a commencé.

04 avr 2011 ABOUNA YASSA
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Abouna Yassa était un prêtre copte, pauvre et bienheureux, qui vivait dans notre village de Haute-Egypte, à Om Doma. Les villageois l’aimaient beaucoup et le sollicitaient souvent.

Ma mère, qui l’a connu petite, en garde le souvenir d’un homme gentil, et simple. Un peu trop.

A sa mort, sa tombe s’est transformée en  lieu de pèlerinage. Et le cimetière de notre village est devenu le monastère d’Abouna Yassa.

Beaucoup d’Egyptiens, chrétiens comme musulmans, se rendent au monastère. Ils ramassent un peu du sable dans lequel a été enterré ce pauvre Yassa, et le ramènent chez eux. Certains le mangent, d’autres préfèrent le diluer dans l’eau, ou le mettre sous leur oreiller, persuadés qu’ils seront guéris ou protégés par les bienfaits du saint homme.

Cet été, pendant qu’on  tournait  dans le monastère d’Abouna Yassa, ma mère me racontait en riant, toutes ces superstitions.

Enayat, ma tante, a blêmi. Elle a mis en garde Siham contre ses sarcasmes. Un médecin qui s’était moqué des miracles d’Abuna Yassa, avait été sévèrement puni.  Pris de douleurs,  on lui avait diagnostiqué un cancer du poumon, qui s’était rapidement propagé dans le reste du corps. Ayant en vain essayé tous les traitements pour le guérir, sa femme s’était rendue au monastère d’Abouna Yassa, avec un tissu appartenant à son mari, pour implorer la clémence d’ Abouna Yassa.

Elle était repartie avec un sac de sable.  Quelques jours plus tard, le cancer de son mari avait disparu.

Quand Enayat à découvert la maladie de ma mère, elle en a tout de suite deviné l’origine.

Elle a pris une bague que ma mère lui avait offerte, et  filé au monastère d’Abouna Yassa.

Ma mère m’a raconté cela en riant.

La nuit venue, elle a rêvé de sable.

Et le lendemain, elle se sentait un peu mieux.

28 mar 2011 LUI
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

- Salut Namir, c’est Lambert des  films de « la mort sombre ». Tu vas bien ?

- ?

- Dis moi qu’est ce que tu dirais si on reprenait le film ?

- Pardon ?

- Oui, euh… Ton producteur m’a expliqué la situation. Qu’est ce que t’en penses ?

- Ecoute. Je tombe un peu des nues….

- Oui, je comprends, c’est un peu cavalier, c’est sûr. Mais ça pourrait être sympa non ?

-  C’est lui qui t’a demandé de m’appeler ?

- Ouais… tu sais… on se connait un peu… on a fait des trucs ensemble…

- Des trucs ?

- Oui. En Europe.

- Et du coup, plutôt que de m’en parler directement, il  t’a demandé de tâter le terrain ?

- On a suivi une formation de producteurs ensemble. Il m’a parlé de ton projet et….

- J’attends qu’il m’en parle de vive voix. Ensuite, on verra.

***

J’ai donc attendu que mon producteur m’appelle.

Ainsi donc, elle était là sa solution.

Il m’avait dit qu’il cherchait un directeur de post-production.

Et des financements pour terminer le film.

Le monde du cinéma est un monde de tromperies et d’infidélités permanentes.

J’ai repensé à mon premier producteur que j’avais quitté.

Aux 20 000 euros que j’avais dépensés.

A ce film que je portais depuis quatre ans.

Au rêve que j’avais d’avoir rencontré un gros producteur.

Aux insultes et pressions que j’avais subies.

A tous les salaires et droits auxquels j’avais renoncé.

Aux sacrifices que j’avais demandé aux techniciens.

A ma fille qui n’existait pas au début de cette aventure, et qui maintenant chamboulait tout dans la maison.

A ma mère, persuadée que sa violente altercation avec mon producteur était responsable de sa maladie.

Mon téléphone a sonné.

Quand j’ai vu que c’était lui, j’ai raccroché.

21 mar 2011 GAMAL
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Quel plaisir de retrouver Gamal.

Il était de passage à Paris, et nous avons pris un café ensemble. Un dimanche matin, du côté du Luxembourg.

La dernière fois que j’ai vu Gamal, c’était au Caire. Dans les bureaux de sa revue Akhbar el Adab, une revue littéraire qu’il dirigeait.

Les auteurs qu’il publiait n’étaient pas toujours des gens faciles, ou sympathiques, mais ce qui comptait pour lui, c’était leurs écrits.

Quant à moi, j’étais venu pour évoquer avec lui l’adaptation de l’un de ses romans pour le cinéma.

Et il m’apprenait qu’il devait partir aux états unis pour une opération à coeur ouvert.

Et n’était pas sûr de revenir.

Il préparait sa succession à la revue.

Il aimait tellement  la vie que ce qui lui arrivait me paraissait bien injuste.

Il y a des gens qui ne connaîtront de Gamal que ses écrits. Moi j’ai préféré l’homme à ses textes.

Je lui avais alors demandé de poser pour ma caméra.

Il s’est levé dignement.

Nous nous sommes regardés en silence.

Je pensais ne plus jamais le revoir.

Et puis, nous étions là dans ce café bruyant du boulevard Saint Michel.

Gamal était heureux.

Il pensait mourir avant Moubarak, et voilà qu’il venait d’assister à la chute du pharaon.

Nous avons ri.

Lorsqu’il m’a raconté ce qu’il avait subi, j’ai pensé à ma mère.

Et ça m’a réconforté.

Rien n’est donc jamais perdu.

Il faut se battre.

Jusqu’au bout.

15 mar 2011 STAND-BY
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

En attendant la reprise du montage, j’en ai profité pour montrer le bout de film existant à quelques professionnels et amis.

Les retours allaient dans le même sens :   l’histoire du réalisateur qui veut faire son film à tout prix ne suffit pas à faire tenir le récit.

Le spectateur à besoin d’en savoir plus ce que le personnage du réalisateur cherche.

C’est à dire sur les apparitions de la Vierge.

Or pour l’instant, le montage donne surtout l’impression que ces apparitions sont un prétexte pour raconter la trajectoire du réalisateur.

C’est un peu comme si on avait oublié le sujet en cours de route, ou fabriqué un emballage avant son contenu.

Nous avions cherché la comédie, et l’ironie avant même de nous attaquer au coeur du film : la croyance des égyptiens, coptes et musulmans, dans ces apparitions.

Peut-être par manque de confiance en nous.

L’utilisation de la voix-off de manière redondante par rapport aux images m’est apparue symptomatique

L’humour est souvent un bon moyen de se protéger. Surtout lorsque l’on se sent en danger.

Or pour que le film fonctionne, il faut à la fois traiter, et assumer entièrement le sujet sur les apparitions de la Vierge, et raconter la trajectoire du réalisateur.

Révéler  pourquoi le réalisateur cherche à mener cette enquête sur les apparitions de la Vierge.

Et résoudre une autre question de fond.

Car entre le tournage et le montage, une révolution a eu lieu en Egypte.

Et les images de la place Tahrir que nous avions filmées ont  pris dorénavant une autre signification

Cette révolution doit elle avoir une place dans le film, ou faut-il  faire l’impasse dessus ?

D’autant que le film aborde des questions liées à la politique, au peuple égyptien et au rapport que le pouvoir entretien avec la religion.

Il est indéniable que le spectateur qui découvrira le film aura  en mémoire les évènements de janvier 2011.

Même si les retours des gens ont été sévères, quel plaisir d’entendre des critiques constructives.

Des gens qui aident un film à se trouver et un réalisateur à avancer.

Tout cela m’a donné envie de me remettre au montage.

D’autant qu’il y a la matière dans les rushes pour résoudre ces questions.

La prochaine étape  du montage sera certainement plus frontale.

Enfin, s’il y en a une.

Car le film est en stand-by depuis cinq semaines.

Et les dernières nouvelles de la production ne sont pas bonnes.

Mais chut.

On pourrait nous entendre.

07 mar 2011 LE SOURIRE
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

J’étais dans le bus.

J’ai vu monter cette vieille dame. Elle avait un joli sourire.

Je l’ai regardée attentivement. Elle devait avoir quatre vingt ans.

Combien de drames avait elle du vivre dans sa vie avant ce jour là ?

Des deuils, des maladies, des échecs.

Mais elle était là. Souriante.

Je regardais les autres passagers du bus. Insouciants.

Eux aussi, avaient surement connu des souffrances.

Et ils avaient survécu.

J’ai repensé à ma mère.

Le diagnostic du médecin était sans appel.

J’ai tenté d’imaginer le  jour où je retrouverais le sourire.

J’ai pas réussi.

21 fév 2011 LE DERNIER JOUR
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Le contrat de la monteuse se terminait ce jour-là.

Nous avons regardé notre montage.

Il y avait quarante minutes de film. Environ la première moitié.  Nous n’avions pas encore monté les scènes au village. Et il  manquait toujours les scènes à Paris qui devaient démarrer et clôturer le film, et que je n’avais pas encore tournées. J’attendais de voir une première version de montage, pour les filmer, en les adaptant aux mieux aux besoins de l’histoire.

Mais nous étions contents.

Les personnages étaient là. On y croyait.

Nous avions encore besoin de dix semaines pour terminer le film. La production avait d’ores et déjà donné son accord pour renouveler le contrat de la monteuse.

Mais la monteuse n’avait pas encore signé. Et je n’étais pas très rassuré

Les problèmes techniques liés au final cut, allaient engendrer des coûts supplémentaires.

Et je redoutais que la production les impute sur la suite du film.

La réponse ne se fit pas attendre.

Pour continuer, je devais accepter l’annulation du tournage à Paris.

Renoncer à l’étalonnage du film.

Et accepter d’autres sacrifices pour rentrer dans le budget prévu.

La barque était pleine.

J’ai refusé.

Mon producteur s’est emporté.

Le film a chaviré.

Et ma monteuse s’en est allée.

15 fév 2011 BYE BYE MOUBARAK
 |  Category: CINE BLOG  | One Comment

Les égyptiens sont très sentimentaux.
Après avoir détrôné Moubarak, ils s’inquiètent maintenant pour sa santé.

« Il est malade… il souffre… c’est dur pour lui »

Ils aura sûrement droit à des funérailles nationales.

Les gens viendront nombreux, les larmes aux yeux. Ils oublieront tout ce que le régime leur a fait subir.

Ils diront qu’au fond, il n’était pas si mauvais, que peut-être même il n’était pas au courant de tout ce qui se passait dans le pays.

Et lui diront un dernier au revoir en pleurant.

Ma fille en tout cas, est très contente.

Chaque fois que je lui chante, « Bye, Bye Moubarak », elle agite la main en souriant.

Et ça fait beaucoup rire ma mère.

Une raison de plus d’être heureux.

07 fév 2011 L’EGYPTE ET NOUS
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Depuis mon adolescence, je détestais l’Egypte.

Et je ne le savais pas.

Lorsque la jeunesse de ce pays est descendue sur la place Tahrir,  l’Etat a répondu comme à son habitude. Par la terreur et le mépris.

Des policiers en civils ont commencé à organiser des pillages pour semer le chaos.

Puis le pouvoir a commandité des contre-manifestations, en soudoyant des gens du peuple, menaçant certains fonctionnaires de ne pas toucher leurs salaires s’ils ne soutenaient pas Moubarak. Là-aussi, des policiers en civils s’y sont mêlés, tirant sur les manifestants pacifistes.

Mais la jeunesse n’a pas cédé.

Sur internet ce matin, je suis tombé sur les photos des premiers morts de la place Tahrir.

Des étudiants, un instituteur, un médecin père d’une fillette de 3 mois.

Et j’ai pleuré.

Pour la première fois depuis des années, j’ai été fier d’être égyptien.

Enfant, j’aimais mon pays. Quand on étudiait l’Egypte pharaonique, en classe, les autres élèves me regardaient admiratifs.

Le systeme corrompu de Moubarak nous a contraints à courber la tête, à vivre dans la honte et l’humiliation permanente.

Bien que je ne vive pas en Egypte, j’ai grandi avec ce sentiment diffus, et une forme de fatalisme sur la possibilité de changer le cours des choses.

Mes parents m’ont appris la résignation.

Et la jeunesse venait de nous apprendre qu’il était possible de lever la tête.

Et de ne plus avoir peur.

Le sang s’est remis à couler dans mes veines. J’étais  fier d’être égyptien.

Fier de mon peuple, et des manifestants de la place Tahrir.

Je ne sais pas si j’aurai un jour leur courage, mais le souvenir de leur lutte restera gravé en moi.

Jamais mon père n’aurait pensé voir cela avant de mourir. Ça l’a réveillé. Il est descendu manifester sur la place de la République.

Quelque soit l’issue de cette révolution, nous avons tous retrouvé quelque chose que l’état policier nous avait volé depuis des décennies : le droit au respect et à la dignité. et ca, c’est déjà une grande victoire.

J’ai repensé aux jeunes morts de la place Tahrir.

Et à tous les anonymes qui, avant eux, ont été assassinés par les officiers du régime Moubarak.

Nous n’aurons plus peur d’eux.

Désormais, c’est eux qui auront peur de nous.

30 jan 2011 ABDEL MESSEEH ? PRESENT !
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Je n’ai pas été très présent dans la salle de montage.

Les traductions m’avaient beaucoup occupé. Au fond, cela m’arrangeait bien.
J’avais  envie de prendre mes distances avec le montage. Pour avoir plus de recul sur ce film où  je m’étais mis en danger.

Et puis,  attendre la monteuse pendant ses manipulations techniques m’a toujours exaspéré. Il y a des réalisateurs patients. Je n’en fais pas partie.

Nous avions donc convenu que j’assisterai tous les matins aux séquences montées la veille. Ensuite, on en discutait, et je la laissais retravailler.

Ce matin en arrivant dans la salle, j’ai prévenu ma monteuse que je devais partir à 15 heures. Il y avait une une conférence sur la projection numérique.  J’avais même décommandé un rendez vous avec un ami, pour y assister.

Il y avait une atmosphère glaciale dans la salle.

« Namir…  Je ne peux plus continuer… Ca fait deux mois que final cut plante sans arrêt.  C’est décidé, j’arrête. »

J’ai regardé ma monteuse inquiet. Son contrat se terminait à la fin de la semaine. La production avait accepté de le prolonger de dix semaines. Mais ces problèmes de logiciel, liés aux différents formats que nous utilisons dans le film, nous empoisonnaient la vie depuis le début du montage. Elle avait déjà alerté la production à plusieurs reprises.

 » Je reprendrais lorsque le problème sera résolu. Sinon, ils ne bougeront pas. »

J’aurais préféré qu’elle attende que son nouveau contrat soit signé avant d’aller au combat. Connaissant la production, je savais que ce problème allait entraîner des dépenses imprévues, que la production allait nous mettre sur le dos, et avoir une incidence sur la suite du film.

 » Tu veux que je vienne avec toi  ? » lui ai- je lancé timidement

Elle a haussé les épaules.

Je l’ai regardée sortir de la salle, penaud. J’ai eu honte. Depuis le début, je l’ai laissée aller au charbon avec la production, pour m’éviter d’avoir à les affronter.

J’ai couru la rejoindre.

La production a écouté notre demande, en acquiesçant. Puis nous sommes retournés travailler.

Le calme avant la tempête.

Au moment de partir à ma conférence, elle m’a regardé.

- Tu ne penses pas que tu as mieux à faire ?

Et puis c’est parti. Elle trouvait que je n’étais pas assez présent dans la salle. Que j’avais peur d’affronter mon film, de me confronter à la matière.

Elle avait l’impression de travailler toute seule. Déjà que le cadre de travail (la salle de montage est dans les locaux de la production) n’était pas agréable, elle voulait au moins sentir que j’étais là, au lieu de fuir devant mon film.

J’ai senti que j’allais être en retard à ma conférence.

Et puis le téléphone a sonné.

 » Allo Namir ? C’est Samir. Tu vas bien ? »

 » Oui. Pourquoi ? »

 » Le comité de lecture commence à 14h30.  Il est 15h10.   »

 » La commission ? Mais… C’est demain ? »

 » Tous les autres membres sont là. On t’attend  »

J’ai blêmi.

J’ai regardé mon agenda. A ce même moment, j’étais supposé être à quatre endroits différents.

Je me suis alors demandé ce qui était le plus important pour moi.

Je me suis assis.

Ma monteuse a souri.

Et nous avons repris le travail.

21 jan 2011 LA REVOLUTION
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Pour fêter l’anniversaire de la petite, nous sommes allés chez mes parents.

Nous avons commencé le repas un peu plus tard que prévu. Mon père n’a pas attendu la fin du repas. Après l’entrée, il est parti faire sa sieste.

Il est comme ça, mon père. Il a ses habitudes.

Le lendemain, au téléphone je lui ai reproché son manque d’efforts. Il l’a très mal pris. J’étais inconscient de tous les efforts qu’il faisait.

J’aurai du m’abstenir de faire une remarque sur son survêtement, qui ne me parait pas forcément la tenue appropriée pour célébrer un anniversaire.

Il a explosé, me traitant de fils indigne, irrespectueux.  Je l’ai laissé se déchaîner avant de raccrocher.

Il était allé trop loin.

Je  me suis juré de ne plus retourner chez eux, tant qu’il n’aurait pas fait d’excuses.

C’est à dire jamais.

A la télévision, c’était la révolution. Le dictateur tunisien venait d’être délogé par son peuple.

Jamais je n’aurai cru cela possible : qu’un peuple arabe soit capable de prendre en charge son destin.

Je n’ai jamais porté les tunisiens en haute estime, mais là, ils venaient de nous donner une leçon de courage.

Evidemment, j’ai pensé à l’Egypte.

Ma mère aussi.

Elle m’a appelé pour savoir si j’étais au courant de ce qui venait de se passer. Elle était euphorique.

Puis elle m’a passé mon père.

Il reconnaissait être allé trop loin dans ses propos, et tenait à me présenter ses excuses.

Même ma mère n’en revenait pas.

Elle est comme ça la vie, pleine de surprises.

Et toutes les révolutions y sont possibles.

11 jan 2011 L’ANNIVERSAIRE
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Il y a un an, je sortais de la maternité. Il faisait nuit. Oss venait d’accoucher.

Je suis rentré à pied à la maison.

Sur le chemin je me suis arrêté dans un parc, et j’ai pris quelques arbres en photos.

J’aimais la lumière des réverbères sur les arbres.

J’ai passé ma dernière nuit à la maison sans la petite.

Depuis les nuits ne sont plus  les mêmes.

Parfois, avec Oss on se lève pour la regarder dormir.

Quand je repense à la naissance de la petite, je ne sais pas pourquoi, c’est à ces arbres que je repense.

Aujourd’hui, elle vient de fêter ses un an.

Tout cela est passé si vite.

Ce blog va lui aussi fêter son anniversaire. Le deuxième.

Sauf que pour le coup, je pensais que les choses seraient allé plus vite.

Je m’étais promis de l’interrompre une fois le film sorti en salles.

Et je crois bien qu’il aura droit à un troisième anniversaire.

22 déc 2010 MA VOIX
 |  Category: CINE BLOG  | One Comment

Nous avions tourné quatre vingt dix heures d’images.

Il nous a fallu quatre semaines intensives pour tout visionner.

Comme la majorité des rushes sont en arabes, et qu’on n’a pas d’argent pour payer un traducteur, j’ai du m’occuper de faire la traduction, et maintenant le doublage en français pour que la monteuse puisse travailler.

Et j’en ai encore pour trois semaines de traduction.

Moi qui espérais me reposer sur la monteuse, pour prendre un peu de distance avec les rushes, et appréhender avec recul le montage, je me retrouve à coller ma voix sur tous les personnages du film.

Ma mère parle avec ma voix.

La Vierge parle avec ma voix.

Quand j’interviewe des Coptes, ils me répondent avec ma voix.

Et pardessus tout cela, il a fallu rajouter une voix-off.

La mienne.

pour éviter dei devenir schizophrène, j’ai décidé de prendre quelques  jours de vacances.

Faire une petit cure de silence sous la neige lyonnaise.

Oublier le film.

Afin de mieux retrouver ma voie.

15 nov 2010 A QUESTION OF TIME
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Bon, j’avoue, j’ai été paresseux ces derniers temps.

Pas tellement par faute d’inspiration.

Je n’osais plus rien écrire  concernant le film par crainte de détériorier mes relations avec mon producteur.

Or, il faut bien l’avouer, ce fut un peu ma préoccupation principale ces dernières semaines.

Maintenant le montage est commencé, et mon souci principal est de faire un film juste.

Je risque donc de me faire moins ponctuel sur ce blog.

Pas tellement par manque d’inspiration.

« It’s just a question of time »

Nous avons tourné environ quatre vingt dix heures d’images, essentiellement en arabe.

Il va falloir les reduire à une heure trente.

En onze semaines.

Autant dire que les nuits seront courtes.

Malgré cela, et malgré l’angoisse de ne pas faire un film à la hauteur de mes espérances, je suis content.

Nous avons manqué de moyens, travaillé dans des conditions difficiles, mais je me rends compte que j’ai fait ce film en toute liberté.

Jamais je me suis interdit quoi que ce soit.

Et si  je ne suis pas allé assez loin, c’est uniquement parce que je n’ai pas osé le faire.

Je repense à cette citation de Monte Hellman :

Si tu fais un film commercial, et que c’est un échec  tu as tout perdu.

Si tu fais un film personnel, et que c’est un échec commercial, tu auras au moins gagné quelque chose.

Alors, j’espère que nous aurons assez de temps pour faire un film personnel.

Et assez de talent pour qu’il puisse plaire aux autres.

08 nov 2010 POLE EMPLOI
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Quand on est réalisateur, on est inscrit comme demandeur d’emploi.

Parce qu’on ne travaille pas tous les jours. Enfin en théorie…

Parfois on touche des assedics.

Moi, mes droits sont terminés depuis un mois.

Ils devaient être renouvelés, mais je n’ai plus de nouvelles de Pôle emploi depuis ma demande.
Enfin, si.

J’ai reçu une lettre du Pole emploi de Montreuil m’invitant à aller à une formation pour apprendre à utiliser internet.

Elle précisait qu’en cas d’absence à ce rendez-vous, je serai radié de la liste des demandeurs d’emploi.

Je n’ai pas osé leur répondre que je  savais utiliser internet.

J’ai appelé le 3949.

Si vous êtes demandeur d’emploi, et que vous n’avez pas bac + 5, n’appelez jamais le 3949.

J’ai expliqué à la conseillère que j’étais en montage, et que je n’étais pas disponible le jour dit. Mais que j’étais éventuellement disponible pour un autre rendez vous. Même si je ne comprenais pas très bien pourquoi on me proposait cette formation.

La conseillère m’a dit de renvoyer un courrier à l’expéditeur et d’expliquer la situation, car elle ne pouvait rien faire par téléphone.

J’ai donc écrit au Pôle emploi de Montreuil.

Ils m’ont répondu par courrier : Cela ne nous concerne pas, adressez vous au Pôle emploi de Pantin.

Et plutôt que de faire le suivi, ils avaient préféré me renvoyer le courrier.

Manque de chance pour moi, j’ai reçu ce courrier le lendemain du jour prévu pour ma formation.

Il y a sûrement des gens de bonne volonté à Pôle Emploi.

Mais la prochaine fois que vous entendrez dire que le nombre de demandeurs d’emplois à diminué, n’oubliez pas de féliciter le Pôle emploi de Montreuil.

02 nov 2010 LA CASQUETTE
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

J’allais voir  mon père, à la clinique Turin, suite à un problème cardiaque.

Il devait s’ennuyer ferme dans sa chambre d’hôpital. Je lui avais apporté de la lecture.

Des magazines qui parlaient de la guerre en banlieue, de l’insécurité, des émeutes à Clichy-Sous-Bois, 5 ans après. Ils aiment bien ça les journalistes, les anniversaires. Ils doivent beaucoup feuilleter d’agendas pour trouver leurs sujets.

Moi, l’insécurité ça me parlait pas beaucoup. Je trouve toujours qu’ils en font trop.

Arrivé devant la clinique, j’ai entendu des coups de feu.

Des policiers  couraient.

Un type s’est effondré par terre, devant mes yeux.

On était en plein Paris.

 » Ne restez pas là, Monsieur, vous êtes dans le champs… »

 » Le champs ? »

Devant la clinique, une trentaine de technciens étaient au travail. Ils tournaient une série policière.

De la fenêtre de la clinique, avec mon père, on regardait la scène.

Et puis on a essayé de savoir où était le réalisateur.

Il y avait un type en bermuda (même en hiver, il y a toujours un type en bermuda sur les tournages), des gars avec des talkies, des casques, des lunettes, des filles avec des pinceaux, des stylos, des feutres. Mais lequel d’entre eux étaient  le réalisateur ?
Après avoir minutieusement observé tout le monde, mon père m’a montré du doigt un type avec une casquette.

« Regarde. C’est le seul qui fait rien. »

Moi aussi j’avais une casquette, achetée juste avant le tournage. Elle est devenue un accessoire indispensable du film.

Elle me permettait de rentrer dans mon personnage.

Et comme je n’en avais qu’une seule, j’avais toujours peur de la perdre.

Du coup je la portais tout le temps.

Elle m’a servie  jusqu’au dernier jour de tournage en Egypte.

Je m’y étais habitué. Elle avait pris mon odeur.

Quelques jours après mon retour en France, Oss a voulu la laver.

Je ne l’ai jamais retrouvée.

Même chez soi, on n’est pas en sécurité.

25 oct 2010 Protégé : UNE LETTRE ANONYME
 |  Category: CINE BLOG  | Saisissez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.

Cet article est protégé par mot de passe. Pour le lire, veuillez saisir votre mot de passe ci-dessous :


19 oct 2010 Protégé : LE MASQUE DU DEMON
 |  Category: CINE BLOG  | Saisissez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.

Cet article est protégé par mot de passe. Pour le lire, veuillez saisir votre mot de passe ci-dessous :


12 oct 2010 LES AVENTURIERS
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

Après l’agitation du tournage, me voila maintenant plongé dans le calme et la réflexion.

Les techniciens, eux, sont partis vers de nouvelles aventures.

Avec le recul, je réalise à quel point ils se sont investis sur ce film, et ont donné le meilleur d’eux-même.  On est rentrés tellement épuisés que j’ai oublié de les remercier.

Parfois, je me retrouve à éprouver de la jalousie de les savoir travailler avec d’autres réalisateurs.  Je me rêve à imaginer que l’expérience que nous avons vécue sera unique dans leur vie. Comme elle l’a été dans celle des villageois que nous avons filmés.

Pour ma mère, en revanche, l’aventure a été plus courte que prévue.

Elle était venue pour  faire la direction de production sur le tournage.

Et occasionnellement, un peu d’assistanat, un peu de déco, un peu de régie et beaucoup de comédie.

En préparant une scène,  elle a chuté dans les escaliers.

Elle s’est fracturée la jambe et à du être rapatriée à Paris.

Aventurier, c’est un vrai métier.

05 oct 2010 Protégé : CASTING
 |  Category: CINE BLOG  | Saisissez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.

Cet article est protégé par mot de passe. Pour le lire, veuillez saisir votre mot de passe ci-dessous :


27 sept 2010 POUR FAIRE DU TRI DANS SON SALON
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

J’ai entendu un bruit de verre brisé.

La petite commençait à se déplacer à quatre pattes.  Il fallait faire de l’espace dans l’appartement.

j’ai voulu me débarrasser des livres inutiles qui encombraient le salon.

Il y avait toute une pile d’essais volumineux. Je me suis rendu compte que je n’en avais lu aucun.

Ca fait bientôt quatre ans que je ne lis plus.

Mais je continue à acheter des livres.

Parfois même, je vais à la bibliothèque, j’emprunte des livres que je ne lis pas. Puis je les rends avec quinze jours de retard.

Je me suis mis à feuilleter un essai, puis un deuxieme, puis un troisième.

Ils avaient tous l’air passionnants. Ca m’a donné envie de me remettre à lire.

Je n’ai pas pu me résoudre à en jeter un seul.

Du coup, j’ai réorganisé tout le salon.

Ça me prend tous les quatre mois. J’ai besoin de déplacer  mon mobilier, et changer mon bureau de place.

Peut-être pour me donner l’illusion que ma vie a changé.

Ou alors parce que je crois qu’il existe une combinaison parfaite.

Hier, j’ai eu l’impression de l’avoir trouvée.  J’étais heureux.

Puis je me suis rendu compte que j’étais revenu au même agencement qu’il y a deux ans.

Pendant ce temps, la petite, elle, avance.

Quand je me suis retourné, elle était arrivée devant la bibliothèque.

Elle tenait un livre entre ses mains.

Tout en me regardant en souriant, elle en arrachait les pages une à une.

Il va falloir que je me mette à la lecture. Et rapidement.

19 sept 2010 LA VIERGE
 |  Category: CINE BLOG  | Leave a Comment

vierge2 copie

13 sept 2010 RETOUR D’EGYPTE
 |  Category: CINE BLOG  | 4 Comments

Toute l’équipe venait de passer les visas.

Oss et le bébé, qui nous avaient rejoints la dernière semaine,  m’attendaient de l’autre côté du poste. Après deux mois de tournage, nous allions rentrer chez nous.

Je suis arrivé devant l’officier, souriant. Il a regardé mon passeport français.

- Mr Abdel Messeeh ? Vous êtes d’origine égyptienne ?

- Oui.

- Puis je noter le nom de votre père ?

- Bien  sûr. Il s’agit de Mr Waguih Simon Abdel Messeeh.

J’étais content de parler avec lui en arabe. Il a noté cela consciencieusement sur sa fiche.

- Vous n’avez pas de visa d’entrée ?

- Si… il est sur mon passeport égyptien. L’officier s’est trompé en mettant le tampon…

Je lui ai tendu mon passeport égyptien, souriant.

- Ce passeport est périmé.

-  Je sais… il faut que je le fasse renouveler….

- Votre visa n’est pas valable.

- Mais…le visa est daté… l’officier  s’est trompé et … j’ai mon passeport français

- Ce visa figure sur un passeport périmé. Je ne peux pas vous laisser sortir. Quelle est votre situation par rapport à l’armée ?

- Ma situation ?

- Cela fait plus d’un an que vous êtes en Egypte.

- Mais enfin, ce visa d’entrée date de deux mois.

- Vous êtes tenu de présenter un papier de l’armée égyptienne clarifiant votre situation. Avez vous ce papier ?

- Non.. .enfin…  je suis français… j’ai 35 ans… je suis exempté de service en Egypte…

- Je suis désolé.  Nous allons annuler votre billet d’avion. Vous allez vous présenter immédiatement au commandement militaire. Et partir effectuer votre service.

- Comment ?Mais c’est impossible… je…

- Je ne peux pas vous laisser passer. Si vous voulez, vous pouvez toujours discuter avec l’officier supérieur à l’accueil de l’aéroport. Vous règlerez ça avec lui.

Il m’a tendu la fiche sèchement.

- Je peux laisser mes bagages ici ?

- Je vous conseille de les prendre avec vous.

J’ai regardé ma femme et ma fille, qui me souriaient de l’autre côté du poste. Elles m’ont vu faire demi tour, sans s’inquiéter.

Lorsque je suis arrivé devant l’officier supérieur,  avec ses lunettes de soleil, ses épaulettes, j’ai compris que la situation était très compliquée.

En tant que français je ne m’étais jamais senti réellement menacé par les militaires égyptiens.

Sauf que là, c’était ramadan. Il faisait chaud. J’étais chrétien. Il avait l’air de mauvaise humeur. Et mon destin était entre ses mains.

Il m’a écouté tout en continuant son trajet, puis m’a ordonné de me rendre à l’armée régulariser ma situation.

J’ai fait des courbettes dans tous les sens pour le convaincre que je n’étais en Egypte que depuis deux mois, que l’officier s’était trompé de passeport lorsqu’il avait tamponné mon visa, que j’étais né en France, que je ne connaissais pas l’Egypte, et que je devais rejoindre ma mère qui avait eu un accident.

Au bout de dix minutes, qui m’ont paru les plus longues de ma vie, il a mis un mot sur ma fiche, l’air contrarié.

Je ne me suis senti soulagé qu’après avoir passé le poste, et rejoint l’équipe.

Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti ce que c’était que d’être égyptien.

Plus jamais je ne répondrai en arabe à un officier.