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L'aventure d'un film
22 oct 2012 LA FIN D’UNE AVENTURE…
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L’aventure du film est loin d’être finie, et les péripéties ont été nombreuses depuis la sélection du film à l’ACID, sa présentation à Cannes, la signature avec Sophie Dulac distribution, la sortie du film en salles, la tournée de promotion du film, le retour en Egypte pour présenter le film.  Et ça va encore durer quelques mois …

Mais je n’arrive plus à alimenter le blog.

Je croyais que c’était par manque de temps.

J’ai bien écrit plusieurs articles depuis Cannes. Ils sont restés dans mes archives.

Quelque chose était fini.

Le dernier article de ce blog a coïncidé avec la dernière touche créative que j’ai apportée au film, c’est à dire à la fin du mixage.

Ecrire sur « namirade.fr » n’était pas un simple compte rendu de mon travail.  Mais un moyen de réfléchir dessus.

Pour trouver de la distance sur le film que je faisais, tester des idées, parfois aussi, pour communiquer indirectement avec la production…

Bref, avancer sur la fabrication du film.

Une fois la fabrication terminée, c’est une autre phase de mon travail de réalisateur qui a commencé.

Moins créative, mais tout aussi nécessaire.

Ce blog reprendra lorsqu’un nouveau projet de film verra le jour.

C’est à dire lorsque l’accompagnement du film me laissera un peu de temps libre pour me remettre à écrire.

Et je n’espère qu’une seule chose : qu’il reprenne vite!

En attendant,  il est toujours possible de suivre la suite de l’aventure du film , sur la page facebook de « la Vierge les coptes et moi ».

http://www.facebook.com/TheVirginTheCoptsAndMe

10 mai 2012 LA DERNIERE TOUCHE
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Il était une heure du matin. Samedi 05 Mai.

Dans l’auditorium de mixage.

C’était notre dernier jour.

Le mixeur avait réussi à faire émerger de la bande son une phrase que je n’avais jamais comprise jusque-là.

Un de mes cousins disait :

« Meme le chien est venu se faire filmer »

mais on ne voyait  pas de chien dans la scène.

Alors le mixeur a fouillé dans sa base de données personnelles à la recherche d’un aboiement.

Nous l’avons trouvé dans un film vietnamien.

Et la phrase de mon cousin a pris une autre résonnance.

J’ai souri.

On venait d’ajouter la touche finale au mixage.

Au film aussi.

Et un chien vietnamien aboyait dans la campagne égyptienne.

02 mai 2012 LA FIN
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Quand est ce qu’un film se termine vraiment ?

J’ai projeté au festival de Doha un film inabouti.

De retour à Paris, j’ai repris le montage.

Et c’est une version bien différente qui à été montrée à Berlin.

Mais encore imparfaite.

Je me suis replongé dans le montage.

Au risque d’épuiser tout le monde autour de moi.

Mais je redoute plus que tout l’ennui du public.

A moins que j’ai simplement peur de finir.

Cette fois, je pensais être arrivé au bout.

Et je suis parti projeter le film au festival de Tribeca.

Mais pendant la projection, j’ai commencé à douter.

Il y avait peut-etre encore quelques coupes à faire pour améliorer le rythme.

J’ai appelé le mixeur pour lui dire qu’on allait supprimer quelques scènes avant la finalisation du mixage.

Il a soupiré.

Puis j’ai découvert cette critique du « Hollywood reporter ».

Le type n’avait rien compris à l’histoire.  Il disait beaucoup de mal du film

Et de moi.

Et là, j’ai eu envie de lui répondre.

Sur chacun de ses points.

J’ai réalisé que j’étais capable d’assumer chaque scène du film.

Et là, je me suis dit :

Il est temps pour moi de m’arrêter.

Je suis allé au bout de quelque chose.

Que certains aimeront. Et d’autres pas.

Mais tant pis.

C’était clair pour moi.

J’ai rappelé le mixeur.

Il a respiré.

Le film était maintenant fini.

Enfin, il ne restait plus que quelques petites étapes :

Le mixage

Le sous titrage

La fabrication du DCP

Les exports vidéo

Le visa d’exploitation.

L’agrément de production.

La fabrication du DVD.

Les envois en festivals.

La recherche d’un distributeur.

L’ affiche.

La bande annonce.

La promotion du film.

Les entretiens.

La sortie en salles.

Là, c’est une autre histoire qui commence…

Mais quand est ce qu’un film se termine vraiment ?

24 avr 2012 TRIBECA
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Je suis assis dans ma chambre d’hotel New Yorkaise.

Tout à l’heure au restaurant, j’étais à table,  à côté d’un vieil homme qui ressemblait à Robert de Niro.

C’était Robert de Niro.

Dans une heure va commencer la premiere américaine de « La Vierge », en compétition au festival de Tribeca.

Il y a deux mois, c’était Berlin.

Et dans un mois, le film sera à Cannes. Programmé à l’ACID.

« La Vierge » va vivre sa vie, en attendant de trouver un distributeur en France.

C’est ce qui pouvait lui arriver de mieux.

Moi, pendant ce temps, je commence à trouver le temps long.

Peut etre la conscience que le film n’a plus besoin de moi pour exister.

Ou simplement l’envie de passer à autre chose.

Je n’ai rien écrit sur ce blog depuis le début de l’année.

Mon rôle de producteur m’a tellement occupé que je n’ai pas noté une ligne, lu un livre, vu un film.

Ni même profité de la naissance de mon deuxième enfant.

j’arrive pas à me dire que j’ai eu deux enfants entre le début et la fin de ce film.

Oss a pris 10 kilos pendant sa grossesse.

Moi aussi.

Sauf qu’elle en a perdu la moitié le jour de la naissance du petit.

Moi, pas.

Il serait peut etre temps pour moi de me remettre à courir.

Et avant cela, d’aller me préparer pour la première du film.

04 jan 2012 NOEL
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La chaine de post-production a commencé.

Comme une partie du film a été tournée sur pellicule, et l’autre en vidéo haute définition, la premiere chose à faire etait de recuperer les rushes 16mm du film, dont je n’avais qu’une image témoin en basse définition.

Et de  les passer en Haute définition. Afin que l’ensemble des plans du film puisse raccorder ensemble.

Le négatif a été développé chez  LTC, un des deux plus gros laboratoires français.

****

- Namir, vous êtes le producteur ?

- Oui, Francois. Le projet a changé de main. Mais c’est bien moi qui ait tous les droits.

- Bon alors merci de m’envoyer tous les documents justifiant que vous etes bien le propriétaire du négatif.

****

- Namir, c’est bon. Le film est dans notre stock. Quand souhaitez vous le récupérer ?

- Aujourd’hui je peux pas. Plutot lundi après midi.

-  Comme vous voulez.

*****

- Allo Namir. Oui… euh… inutile de passer recuperer votre négatif cet apres midi… LTC est en grève. Les ouvriers bloquent le stock. On vient d’apprendre

que Tarek ben Ammar a décidé la liquidation de notre entreprise. Et nous sommes tous très en colère…

Je sais que vous y etes pour rien….. mais inutile de passer… vous allez vous énerver pour rien.

Il vaut mieux attendre jeudi, on en saura un peu plus.

- Jeudi ?

- Oui la justice doit se prononcer sur la liquidation. Je suis vraiment désolé.

*****

- Namir,

LTC c’est fini. Une semaine avant noel, tout le monde se retrouve au chomage. C’est brutal….

en tout cas, bon courage pour votre film.

je vous laisse les coordonnées du liquidateur judiciaire.

C’est avec lui qu’il faudra voir pour récupérer votre négatif maintenant.

*****

- Vous êtes le producteur ?

- Oui. Le projet a changé de main. Mais c’est bien moi qui ait tous les droits.

- Bon alors merci d’envoyer à Maitre LEGRAS DE GRANCOURT,  tous les documents justifiant que vous etes bien le propriétaire du négatif.

****

20 déc 2011 BELFORT
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Après Doha, il y a eu Belfort.

J’avais été préselectionné pour « film en cours » une aide à la post-production.

Le lauréat bénéficiait du soutien de plusieurs prestataires pour  finaliser le film.

Pour cela, je devais projeter le montage devant un jury, et en discuter avec eux.

C’est étrange de demander une aide à la post production pour un film qui vient d’être primé dans un festival.  Mais la version de Doha était provisoire, et le film était loin d’être fini.

Autant la projection à Doha a été enthousiasmante, autant celle de Belfort fut un cauchemar.

Je voyais tous les defauts de mon film, et  le travail qu’il restait à faire pour avoir un montage satisfaisant.

Et l’impression d’être jugé sur un travail en cours m’était insupportable.

J’étais dans un état d’angoisse épouvantable.

Aussi lorsque le jury a annoncé que mon film était le lauréat, ma gorge s’est nouée.

Il y avait là des professionnels du cinéma français qui croyaient dans le film.

J’ai compris d’où venait cette angoisse.

Les propos de G. mon ancien producteur, ne m’avaient jamais quitté.

 » Un réalisateur débutant qui fait un film de merde… »

Et j’avais douté.

Même si j’avais fait semblant de croire que tout cela ne m’avait pas affecté.

Maintenant, j’étais là entouré de gens enthousiastes, et qui allaient m’aider à finir le film.

- Ah…  tu as tourné en 16 mm ? Et où as tu développé le négatif du film ?

- Chez LTC

- LTC ? A ta place j’irai le récupérer rapidement.

- Ah bon. Pourquoi ?

J’étais ailleurs. Je n’ai pas senti la menace venir.

08 déc 2011 G.
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- Vous voyez quelque chose ?

- Rien  ?

- Vous ne voyez rien là ?

- Bah non. Dites moi.

- Il a un zizi. Ce sera un garçon

Ca m’a déçu.

J’étais persuadé que cela me serait indifférent d’avoir un garçon ou une fille.

Mais non.

Je crois que j’ai eu peur.

De ce qui pourrait se passer à l’adolescence.

De reproduire certains schémas familiaux.

Et d’un rapport de force à venir.

Tout ça à cause d’une histoire de zizi. C’est bête.

OSS était sur un petit nuage. Elle m’a dit qu’on appelait ça le choix du roi.

J’ai opiné. Après tout, l’adolescence ça passe vite.

Ma mère aussi était aux anges.

Ses cris m’ont percé les tympans.

Et il ne lui a pas fallu longtemps pour trouver un prénom.

- Il s’appellera G.

- Pourquoi tu veux que je l’appelle comme mon ancien producteur ?

- Comme ça, chaque fois qu’il fera des bêtises tu pourras donner une fessée à G.

Elle a éclaté de rire.

Moi pas.

28 nov 2011 9 – LE DISCOURS
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(Namir monte sur scène, sous les applaudissements du public.)

« Merci  au public pour leur accueil formidable à la projection.

Pour l’amour qu’ils ont exprimé pour ce film en cours de fabrication. Et qui m’a confirmé que « La Vierge » pouvait avoir une portée universelle, tout en parlant d’une histoire très personnelle.

C’est mon premier film : j’ai essayé des choses. J’en ai  réussi certaines, et raté d’autres.

Mais j’ai pris des risques, et le soutien du jury pour cette prise de risque m’encourage.

Lorsque ma mère travaillait à l’ambassade du Qatar en France,

pour l’anniversaire du fils de l’ambassadeur, j’ai été invité au cinéma

J’avais dix ans.

C’etait la premiere fois qu’on m’invitait au cinéma.

Le film était très mauvais. Mais j’étais heureux.

J’ai découvert il y a quelques jours que l’ambassadeur du Qatar est devenu ministre de la culture.

Monsieur le ministre,

Merci de continuer à nous inviter au cinéma

et de soutenir les cinéastes arabes,

J’espère que les pays arabes,

finiront par comprendre à quel point il est nécessaire

De soutenir leurs auteurs,

Et de leur donner les moyens de s’exprimer,

au lieu de  censurer les films sous prétexte qu’il abordent des questions religieuses…

Notre culture, c’est notre identité.

Grace à ce prix, et à l’argent qui l’accompagne,

Je vais enfin payer les techniciens qui ont travaillé gratuitement avec moi

depuis des mois.

Le film est pas encore fini, et il reste  des modifications à faire.

Ca risque de prendre encore du temps : ma mère a vu le film

Et a décidé de reprendre  tout le montage

Elle est maintenant ma productrice….

J’espère juste que ca se finira pas en procès.

Merci encore…. »

(Applaudissements. Namir descend de scène. Fondu au noir)

FIN DU FLASHBACK.

22 nov 2011 08 – LE PRIX
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J’avais tout misé sur Doha.

Il fallait que je revienne avec un prix.

Je n’avais pas le choix.

Il fallait payer la post-production, les techniciens, et rembourser les dettes.

Le premier jour, ma mère m’a mis en garde :

« Attention Namir, ne t’attends pas à avoir un prix. Après tu seras déçu, et ça te fera du mal »

Le deuxième jour, on a projeté le film. Ma mère a beaucoup rigolé.

Après la projection, elle s’est tournée vers moi :

« On règlera nos comptes plus tard ».

Peu après,  un groupe est venu nous voir.

« Madame, vous pouvez être fière de votre fils ».

Puis ils sont partis.

En regardant le catalogue du festival, on a reconnu les membres du jury.

Le soir même, ma mère m’apportait un discours de deux pages qu’elle souhaitait lire lors du palmarès.

Je lui ai conseillé de garder la tête froide, et de ne pas trop s’emballer.

« Maman, ne t’attends pas à avoir un prix. Après tu seras déçue, et ça te fera du mal »

***

« Namir, un discours, ça doit être court. Léger. Et positif. Surtout pas de choses négatives : Ca se retournera contre toi. Il faut que tu termines par un truc drôle, ou  personnel, pour que les gens se souviennent de toi. Par exemple, je sais pas moi, si ta mère monte sur scène pour te piquer ton prix… ou autre chose… mais par pitié, évite les remerciements qui durent des heures. Tout le monde s’en fout. ».

Lorsque le jury a annoncé mon nom, je suis monté sur  la scène, en me promettant d’écouter les conseils de mon avocat.

J’ai fait tout le contraire.

Au bout de cinq minutes, j’en étais encore à l’introduction. Les trois membres du jury m’ont attrapé pour me sortir de scène.

Le public a applaudi.

La chute était réussie.

J’étais allé à Doha pour ramener un prix.

Et je l’ai fait.

Mais j’ai pas dit ce que je voulais.

16 nov 2011 7-OWEDA
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La société de production a été baptisée Oweda Films.

Oweda, c’est mon arrière grand-père maternel. Il était très respecté. Il a vécu 100 ans, a eu sept enfants, et à régné sur notre village d’Om Doma, en tant que Omdeh, jusqu’à sa mort. Il symbolisait la splendeur de notre famille.

Après, ça s’est un peu compliqué.

Aujourd’hui, les maisons tombent en ruines, et la vie au village devient de plus en plus difficile.

J’ai jamais connu Oweda, mais ma mère m’a raconté des histoires à son propos. Elle m’a dit que j’ai été conçu le jour où elle a appris sa mort. J’ai voulu savoir comment s’appelait le grand-père d’Oweda, elle n’a pas su me répondre. Et on s’est rendu compte que personne dans le village ne le savait.

Chez nous, les gens n’ont pas de nom de famille, il portent leur prénom, celui de leur père et de leur grand père. Ainsi ma mère s’appelle officiellement Siham Said Oweda.

Alors même si  au village, on a tous en nous quelque chose de Oweda, d’ici  une génération ou deux, plus personne ne se souviendra de lui.

Mon film a été rendu possible grâce aux enfants, petits enfants, et arrières petits enfants d’Oweda. Ils en sont les protagonistes.  Il m’a semblé légitime que la société porte son nom.

Je ne sais pas jusqu’où elle ira. Mais qu’au moins, elle puisse toujours me rappeler d’où je viens.

14 nov 2011 6 – MES PARENTS
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Le Qatar invitait trois personnes.
Ma mère souffrante, avait décliné l’invitation, à ma grande tristesse.

Mon père a proposé de m’accompagner. C’est la première fois qu’il manifestait son envie de voyager. Je l’ai soupçonné de vouloir fausser compagnie à ma mère pour quelques jours. Mais ça m’allait bien.

****

- Namir, il faut que ta mère vienne. C’est très important. Pour elle. Pour toi. Et pour le film. Le public adore voir les interprètes des films. Et ta mère est un sacré personnage. N’oublie pas qu’il y a un prix du public..
- Je lui en ai parlé, et elle est reticente. Elle est vraiment très malade.
- Tu devrais insister. Ca ne peut lui faire que du bien. Crois moi, les gens ici vont lui faire un accueil extraordinaire. Elle ne peut pas rater ça…  »

***

- Namir, je n’accepterai pas que tu joues avec la santé de ta mère pour ton film.

- Mais papa, même le médecin a donné son aval.

- Non, non non. Tant pis. Si ta mère viens, je n’y vais pas.

Le sang de ma mère n’a fait qu’un tour.

- Waguih, ce n’est pas à toi de décider si je viens ou pas !

Et c’est comme ça que ma mère a accepté de venir.

J’ai bien senti dans le regard de mon père que ce serait sans lui.

Jusqu’au moment où je les ai vus tous deux débarquer à l’aéroport

- Bah… J’allais quand même pas laisser ta mère  voyager toute seule… la pauvre. Et puis, ce serait dommage de gâcher des billets en Business Class…. Au fait, on va faire quoi au Qatar ?

08 nov 2011 5 – SANTA CRUZ
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Pour avancer sur le film, j’ai sollicité tout le monde.

Et trouvé des soutiens incroyables.

A commencer par Santa Cruz, un monteur avec qui j’étais à la Femis.

Que j’avais perdu de vue depuis dix ans.

Et que j’ai été heureux de retrouver.

Il a l’air désinvolte comme ça, mais on a bossé comme des malades.

J’ai beaucoup tiré sur la corde.

Elle a failli craquer.

Mais il m’a pas lâché.

Le film est arrivé à Doha la veille du festival.

Puis Santa Cruz s’est effondré.

Et m’a demandé de le laisser tranquille pour les dix prochaines années.

07 nov 2011 4- JOYEUX ANNIVERSAIRE NAMIR
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Oss ne me voyait plus.

Je passais mes jours et mes nuits sur le montage du film.

Elle m’avait demandé si je pouvais être libre, le soir de mon anniversaire.

Qui était aussi celui de notre rencontre.

Je lui ai dit oui.

Elle a réservé un bon restaurant. Et j’avais bloqué ma soirée.

Puis l’avocat à appelé.

-       Allo Namir… il se peut qu’on signe cet apres midi avec la Production.

-       Maître, apres dix neuf heures je ne suis pas disponible

-       Normalement tout devrait etre signé avant 17 heures

3 heures plus tard.

-       Allo Namir, je n’ai toujours rien reçu. Ca sera sûrement plus tard dans la soirée. Je vous appelle des que j’ai du nouveau.

OSS a annulé le restaurant. On est allé chez un indien, prendre des plats à emporter. Et nous avons dîné chez l’avocat, en attendant les contrats.

A une heure du matin, Oss en a eu assez. Elle a pris un taxi.

A cinq heures du matin, nous avons signé.

La cession des droits de mon film.

Je devenais mon propre producteur.

Je n’avais pas un sou.

Une société à monter.

120 000 euros à trouver.

10 jours pour fournir une version de mon film à Doha.

Mais j’étais libre.

C’est pas mal, comme cadeau d’anniversaire.

05 nov 2011 4- UN NOUVEAU PRODUCTEUR
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On était tombé d’accords avec la production pour que  je devienne coproducteur du film.

Cette solution nous arrangeait tous.

J’étais content.

Puis il a fallu rédiger les contrats.

La première version faisait trois pages.

La deuxieme six.

Chaque mot, chaque ligne devenait sujet à discussions.

Le compte à rebours était en marche car le festival de Doha attendait le film.

Et la reprise officielle de la post-production était conditionnée à la signature de cet accord.

Lorsque nous en sommes arrivés à la cinquième version, qui faisait 26 pages, j’ai senti que cela s’annonçait mal.

Le festival de Doha s’inquiétait.

Ils ont annoncé, qu’en l’absence d’un engagement signé du producteur dans les 24 heures assurant que le film serait prêt, ils retiraient le film de leur sélection.

Alors tout s’est accéléré.

24 heures plus tard, je devenais le producteur de mon film.

03 nov 2011 3 – LES SOUTIENS
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Cela faisait des mois que mon film était dans l’impasse.

Et je n’avais plus de sous pour payer mon avocat.

Je suis allé demander de l’aide.

Le CNC (Centre National du Cinéma) avait financé le film. Ils m’ont répondu que c’était une affaire privée entre un réalisateur et un producteur, et qu’ils ne pouvaient pas s’en mêler.

Je suis allé voir la SRF (société des réalisateurs de films ) qui défend les intérêts des réalisateurs, et milite pour les droits et les libertés des cinéastes.

La SRF m’a répondu que c’était une affaire privée entre un réalisateur et un producteur, et qu’ils ne pouvaient pas s’en mêler.

Ils risquaient de se mettre les associations, et les syndicats de producteurs à dos.

J’ai informé la SOFICA, qui avait investi de l’argent sur le film que le film pouvait être prêt sous quelques semaines, si la situation avec la production était débloquée au plus vite.

Je leur ai demandé d’intervenir.

Et ils sont intervenus.

En se retirant du film.

Je suis retourné voir mon avocat. Il m’a dit que c’était une affaire privée entre un réalisateur et un producteur. Et qu’il pouvait s’en mêler.

J’ai souri.

Puis il m’a présenté sa note d’honoraires.

02 nov 2011 2 – L’HOMME PROVIDENTIEL
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Fin Juillet 2011

J’étais arrivé à un montage d’une heure. Je l’ai envoyé aux fonds arabes. Dubai, Abu Dhabi et Doha qui proposaient chacun  une aide à la post-production.

C’était mon dernier espoir de trouver de l’argent.

Les deux premiers m’ont repondu négativement..

Et puis j’ai reçu un appel de Chadi.

Chadi est le programmateur du festival de Doha.

Il avait vu le montage , et voulait savoir si je serai prêt pour son festival qui avait lieu en octobre.

Or il me fallait plus de vingt semaines pour aller au bout du film, une fois débloquée la situation avec la production.

et il n’en restait que huit avant le début du festival. C’était impossible.

Chadi m’a répondu que Doha pouvait mettre de l’argent pour m’aider à terminer le film.

J’ai hésité.

Alors Chadi  a sélectionné mon film.

Il prenait le risque de se retrouver sans film au moment du festival.

Et moi celui de me décrédibiliser totalement.

Je n’avais pas osé lui dire  que j’étais en conflit avec la production.

Mais sa confiance m’a donné des ailes.

Il faut parfois savoir prendre des risques…

01 nov 2011 1 – L’INTERRUPTION DU BLOG
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Je n’avais plus le temps d’écrire.

Et l’exercice était devenu délicat.

Le travail sur le film ne s’est pas vraiment fait dans les règles.

Et comme j’ai passé mes dernières semaines à travailler intensivement sur le montage du film, derrière le dos de la production, étaler cela sur un site internet  pouvait présenter quelques risques.

Publier sur ce blog a été pour moi un moyen de survivre, de prendre de la distance sur mon travail.

Cela m’a aidé à réfléchir et à avancer artistiquement sur mon film.

Jusqu’à une certaine limite.

Je m’y suis un peu brûlé les doigts.

Mais il est temps pour moi de reprendre l’histoire, là ou elle s’était arrêtée.

30 oct 2011 FLASH BACK
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30 Octobre 2011.  7 heures du matin.

Il s’est passé tant de choses ces derniers mois, que je ne saurai par ou commencer.

Il y a deux mois encore, l’avenir du film était incertain, et la perspective d’un procès avec la production toujours d’actualité.

Aujourd’hui, je suis dans l’avion qui m’emmène à doha pour projeter « La Vierge » dans une version pas encore définitive, mais présentable. Et je suis mon propre producteur.

J’ai parfois moi-même du mal à y croire.

Mais c’est pourtant vrai.

Alors par où commencer ?

29 oct 2011 LE MIRACLE
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Des bouleversements ayant eu lieu ces dernières semaines dans la vie du film, j’ai préféré rester prudent sur le blog.
Simple mesure de précaution.
Maintenant, je n’ai plus les mains liées.
J’ai retrouvé ma liberté. Et suis devenu mon propre producteur.
Sans sous  pour finir le film, ni payer les techniciens qui ont bossé avec moi sans salaire.
Mais comment dire…
Après tout ce que j’ai vécu, cela me parait presque anecdotique.

Le film existera.

Il y a 40 ans,en Egypte,  ma mère est allée consulter  une voyante.
Elle s’inquiétait de ne pas trouver d’époux.
La voyante avait regardé les lignes de sa main.
- « Siham, un jour  tu vas devenir célèbre….  et ce sera à cause de ton enfant »
Ma mère, qui n’avait pas encore d’enfant, a eu très peur.
« Célèbre ? Mais je suis Copte : Mon fils ne pourra donc pas être président de la république. Oh seigneur…faites qu’il ne devienne pas terroriste, ou criminel…  »
Rassure toi, chère maman.
Je suis cinéaste.
Et la voyante aura bientôt raison.
Après quatre années passées à travailler sur ce film, je n’ai maintenant plus de doutes :

il faut croire aux miracles.

Quant à ce blog, il est de retour.
Pour un petit moment…

08 sept 2011 LE RETOUR
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Après plus de deux mois de pause estivale, le blog est de retour.

Les raisons de cette interruption sont nombreuses.

Mais aucune d’entre elle n’est liée aux vacances.

Je n’en ai pas eu.

2011 sera décidement l’année ou ma vie a basculé.

Et l’été sera passé comme un ouragan sur mon chemin.

Je m’excuse de cette interruption.

Et promets de revenir fidèlement raconter la suite de l’aventure de ce film.

Qui réserve encore bien des surprises.

19 juin 2011 ARIEL
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En Egypte, dès qu’il y a un problème, c’est à cause du Mossad.

Lorsque l’aviation égyptienne a été détruite au sol en 1967 par Tsahal, pendant la guerre des 6 jours, le chef de l’aviation égyptienne s’envoyait en l’air avec une danseuse.

La presse a aussitôt écrit que cette danseuse était une espionne du Mossad

Plus tard, lorsque le sida a été détecté chez de jeunes égyptiens, les explications n’ont pas tardé : Le Mossad avait employé des espionnes séropositives pour exterminer la jeunesse egyptienne.

C’est dire la méfiance que les égyptiens ont pour Israël en particulier, et les Juifs, en général.

Car évidemment tous les Juifs travaillent pour le Mossad.

Ma mère n’échappe pas à cette règle. Nassérienne convaincue, elle a grandi dans cette obsession du complot sioniste.

Aussi lorsqu’elle a vu que son médecin s’appelait Cohen, elle a eu peur.

Son traitement n’avait pas été efficace. La tumeur avait doublé de volume en quelques semaines.

J’essayais de l’encourager en lui disant qu’il fallait se battre. Jusqu’au bout. Et ne rien lâcher.

Mais elle n’y croyait plus.

-  Maman, tu as un ennemi.

- Un ennemi ? comme Israël ?

- C’est ça. C’est un agent du Mossad. Et il est à l’intérieur de toi. Est ce que tu as envie de le laisser t’envahir ?

D’un coup, le sang lui est monté au visage.

-  C’est hors de question! Je ne le laisserai pas faire ! Je vais me bagarrer jusqu’au bout.

- Même s’il est très fort ?

-  Je n’ai pas peur. Je suis égyptienne. Nous avons vaincu Moubarak. Nous vaincrons Israêl.

J’ai senti que le Mossad allait affronter une vraie combattante.

Même s’il avait un agent redoutable.

Nous l’avons baptisé Ariel.

Ce sera une guerre d’usure.

Et elle durera plus de six jours.

13 juin 2011 LA CARAVANE
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L’été approchant, on cherchait un lieu pour passer les vacances.

Des amis gitans nous ont proposé de nous prêter une caravane.

Bien située, elle donne sur le canal de l’Ourcq, entre Bobigny et Noisy le sec.

Faibles charges.

Et à seulement 7 minutes du métro.

Au début on a un peu hésité.

Une semaine plus tard, OSS et moi, avons décidé de vendre notre appartement.

Ca me permettra de payer mes frais d’avocat.

Et de nous donner le sentiment d’être en vacances permanentes.

Ca tombe bien, je n’ai plus de travail.

Plus de statut.

Pour me contacter, inutile de noter ma nouvelle adresse.

Je n’ai plus d’amis.

Et mon producteur est aux abonnés absents.

Mes derniers mails sont restés sans réponse.

Et mon dernier courrier recommandé m’est revenu.

Il s’est peut-être, lui aussi, trouvé une caravane.

19 mai 2011 FRAGMENTS POUR UNE REVOLUTION
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C’est le titre de la séance organisée par le collectif jeunes cinéastes, et à laquelle j’étais convié.

Ils avaient inclus mon court-métrage « Toi, Waguih » dans un programme sur les révolutions du monde arabe.

A vrai dire, je n’avais pas la tête à aller au cinéma.

La séance s’est révélée un choc.

Peter Snowdown, le programmateur, avait eu l’idée géniale d’intégrer entre les courts-métrages, des vidéos récupérées sur internet.

Des documents filmés à partir de supports divers (webcams, caméscopes, appareils photos, téléphones portables) par des citoyens ordinaires pendant les révolutions dans le monde arabe.  En Egypte, en Syrie, en Tunisie, et en Lybie.

Je ne sais pas si le choc est venu des documents eux-même, ou de les voir projetés dans une salle de cinéma.

Mais je n’avais pas ressenti cela depuis longtemps.

Henri Langlois évoquait l’effet de montage produit dans notre esprit par la vision consécutive de plusieurs films.

Ils se complètent, communiquent entre eux, se répondent et finissent parfois par ne former qu’un seul film.

C’est ce qu’était parvenu à faire Peter.

Il avait su agencer tous ces documents, comme un monteur, pour nous donner à voir l’Histoire en marche.

Mon père a été emprisonné dans les années 60. J’ai été stupéfait de découvrir une de ces vidéos, dans laquelle des jeunes de la place Tahrir chantaient les mêmes airs que mon père,  50 ans plus tôt.

Les films se répondent. Les évènements aussi.

Il faut savoir les percevoir.

La quantité de vidéos qui circulent sur internet est tellement impressionnante, qu’on ne sait pas comment les regarder. Il y a parmi eux des bombes.

Cela nécessite un travail d’orfèvre de les disséquer, les trier, les classer.

Et de les diffuser.

Je suis convaincu que la salle de cinéma a un rôle primordial à jouer pour la diffusion de ces médias, et qu’il y aura des festivals dédiés à cela.

Et que les cinéastes de demain seront sans doute des programmateurs comme Peter, capables de dénicher ces trésors et de leur redonner  vie.

Parmi les vidéo, il y en avait une,  d’une femme voilée, qui nous interpellait devant sa webcam.

Seule dans sa chambre, elle exhortait les gens à descendre dans la rue, sur la place Tahrir, le 25 janvier.

Elle avait la détermination du désespoir.

Elle accusait tout ceux qui ne descendraient pas le 25 janvier, d’être des lâches,  solidaires du gouvernement corrompu de Moubarak.

C’est facile de parler de la révolution, maintenant qu’elle a eu lieu. Mais cette vidéo était antérieure à la chute de « la vache qui rit ».

Si j’étais tombé sur ce document avant le 25 janvier, je n’aurai sans doute pas prêté  attention à cette jeune femme  idéaliste et  naîve.

Mais découvrir cette vidéo dans cette salle donnait à ses propos une portée prophétique.

J’ai eu honte de moi.

Parce que je fais sans doute partie des gens qui ne seraient pas descendus.

Mais c’est peut-être ça aussi la force du cinéma.

Changer notre regard.

12 mai 2011 LE VASE DE REMBRANDT
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Une petite visite à Amsterdam pour se changer les idées.

Je n’avais jamais lu le journal d’Anne Frank. En visitant sa maison, à Amsterdam, j’ai senti ce qu’elle avait pu vivre pendant ses deux années de planque.

L’odeur du papier peint, le parquet qui grince, les mauvaises soupes, la peur d’être entendue.

Et puis la délation. Anonyme.

J’ai vu les affiches de cinéma qu’elle collectionnait, et qui tapissaient les murs de sa chambre. Tous ces films qui l’ont fait rêver.

Et qu’elle n’a jamais vus.

Ca m’a donné envie de lire son journal.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai souvent été plus intéressé par les auteurs que par leurs oeuvres.

Comme pour Rembrandt.

J’admire son travail, mais jamais je ne m’en suis senti proche.

Et puis, en visitant sa maison, je me suis arrêté devant un petit vase bleu.

Il n’avait rien d’extraordinaire.

Sauf qu’il apparaissait dans plusieurs de ses tableaux.

Ca m’a ému.

Voir qu’à travers sa peinture, Rembrandt racontait son quotidien.

Et si sa peinture a sans doute plus de valeur que ce vase, je crois que c’est cette dimension documentaire, parfois insoupçonnée de son auteur qui donne sa valeur à une œuvre.

Y compris dans dans la fiction.

Au cinéma, on a souvent opposé Méliès et Lumière. Fiction et documentaire.  Je ne pense pas que la différence soit là.

Après tout,  les premiers films Lumière sont des fictions dans lesquelles ils ont mis en scène leur quotidien : leur famille, leur gare, leur usine.

Et Méliès, a fait des reconstituions documentaires de faits divers réels, et de procès.

Si  les  films Lumière ont mieux vieilli, c’est peut-être parce ils ont su, même dans la fiction, capter du réel, être les témoins d’un temps qui n’existe plus.

Un peu comme pour le vase de Rembrandt.

06 mai 2011 MAI 2011
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6 mai 2009.  Mon scénario a obtenu l’avance sur recettes. J’ai signé dans la foulée avec un jeune producteur.

6 mai 2010.  Mes relations avec mon producteur se sont dégradées. Malgré le manque de moyens, le tournage va pourtant démarrer. Et mon rêve de film se réaliser.

6 mai 2011.  Mon rêve est devenu réalité. Le film est enfin tourné. Mais  le manque de moyens s’est transformé en conflit avec mon producteur.

Le montage  est interrompu depuis 3 mois. Et la réalité est devenue un cauchemar.

Je doute de plus en plus de la perspective d’une reprise de la postproduction.L’hypothèse d’une procédure judiciaire semble de plus en plus vraisemblable.

Pendant ce temps là, le film dort, inachevé,  dans les locaux de la production.

Espérons qu’il  se réveille avant mai 2012.