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19 mai 2011 FRAGMENTS POUR UNE REVOLUTION
 |  Category: CINE BLOG

C’est le titre de la séance organisée par le collectif jeunes cinéastes, et à laquelle j’étais convié.

Ils avaient inclus mon court-métrage « Toi, Waguih » dans un programme sur les révolutions du monde arabe.

A vrai dire, je n’avais pas la tête à aller au cinéma.

La séance s’est révélée un choc.

Peter Snowdown, le programmateur, avait eu l’idée géniale d’intégrer entre les courts-métrages, des vidéos récupérées sur internet.

Des documents filmés à partir de supports divers (webcams, caméscopes, appareils photos, téléphones portables) par des citoyens ordinaires pendant les révolutions dans le monde arabe.  En Egypte, en Syrie, en Tunisie, et en Lybie.

Je ne sais pas si le choc est venu des documents eux-même, ou de les voir projetés dans une salle de cinéma.

Mais je n’avais pas ressenti cela depuis longtemps.

Henri Langlois évoquait l’effet de montage produit dans notre esprit par la vision consécutive de plusieurs films.

Ils se complètent, communiquent entre eux, se répondent et finissent parfois par ne former qu’un seul film.

C’est ce qu’était parvenu à faire Peter.

Il avait su agencer tous ces documents, comme un monteur, pour nous donner à voir l’Histoire en marche.

Mon père a été emprisonné dans les années 60. J’ai été stupéfait de découvrir une de ces vidéos, dans laquelle des jeunes de la place Tahrir chantaient les mêmes airs que mon père,  50 ans plus tôt.

Les films se répondent. Les évènements aussi.

Il faut savoir les percevoir.

La quantité de vidéos qui circulent sur internet est tellement impressionnante, qu’on ne sait pas comment les regarder. Il y a parmi eux des bombes.

Cela nécessite un travail d’orfèvre de les disséquer, les trier, les classer.

Et de les diffuser.

Je suis convaincu que la salle de cinéma a un rôle primordial à jouer pour la diffusion de ces médias, et qu’il y aura des festivals dédiés à cela.

Et que les cinéastes de demain seront sans doute des programmateurs comme Peter, capables de dénicher ces trésors et de leur redonner  vie.

Parmi les vidéo, il y en avait une,  d’une femme voilée, qui nous interpellait devant sa webcam.

Seule dans sa chambre, elle exhortait les gens à descendre dans la rue, sur la place Tahrir, le 25 janvier.

Elle avait la détermination du désespoir.

Elle accusait tout ceux qui ne descendraient pas le 25 janvier, d’être des lâches,  solidaires du gouvernement corrompu de Moubarak.

C’est facile de parler de la révolution, maintenant qu’elle a eu lieu. Mais cette vidéo était antérieure à la chute de « la vache qui rit ».

Si j’étais tombé sur ce document avant le 25 janvier, je n’aurai sans doute pas prêté  attention à cette jeune femme  idéaliste et  naîve.

Mais découvrir cette vidéo dans cette salle donnait à ses propos une portée prophétique.

J’ai eu honte de moi.

Parce que je fais sans doute partie des gens qui ne seraient pas descendus.

Mais c’est peut-être ça aussi la force du cinéma.

Changer notre regard.

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