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15 mar 2010 LA COLONNE VERTEBRALE
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Mon producteur est vraiment bizarre.

Il est toujours à son bureau au téléphone, avachi sur son siège, le regard torve. Jamais je ne l’ai vu marcher, descendre les escaliers ou traverser la rue.

Quand nous avons signé ensemble, il m’avait convaincu : Arte ne pouvait pas lui dire non, Canal Plus ne lui avait jamais refusé un film, et il connaissait très bien les gens de la fondation GAN. Quant aux distributeurs, ils étaient dans la même cour que lui.

Dans un an, le film serait terminé.

Les semaines ont passé.

A chacun de nos rendez-vous, je le retrouvais assis à son bureau, au téléphone. Même regard, même position. J’avais la sensation étrange qu’il ne quittait jamais son fauteuil.

Une fois, il m’a proposé de déjeuner avec lui. Je l’ai attendu au restaurant, guettant son arrivée. Mes doutes allaient enfin être dissipés. Le téléphone a sonné. Un empêchement de dernière minute l’obligeait à rester au bureau. Mon intuition est  devenue une certitude : Mon producteur n’avait pas de colonne vertébrale.

Les mois ont passé.

Arte ne lui avait pas dit oui, Canal plus n’avait pas répondu, et les distributeurs étaient restés muets. Il m’a expliqué qu’il avait fait son maximum, abattu toutes ses cartes. Scénario difficile, sujet pas commercial, réalisateur débutant, et premier montage décevant. Il m’a conseillé d’attendre. J’ai attendu la suite de sa phrase. Nous sommes restés un moment silencieux. J’ai compris qu’il voulait se désengager du film. Mais il avait signé un contrat, dépensé de l’argent. Il était bloqué.

On s’est dit au revoir.

Je l’ai laissé à son bureau, pressé de respirer l’air frais de la rue.

La porte de la production a claqué derrière moi.

Je me suis éloigné d’un pas vif.

Puis je me suis arrêté dans la cour. Sans savoir pourquoi, j’ai levé les yeux à la fenêtre.

Son fauteuil était vide.

En me retournant pour partir, j’ai entendu un craquement brutal.

J’ai d’abord cru que j’avais marché sur une branche.

C’était ma colonne vertébrale.