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L'aventure d'un film » 2010 » mars

Archive for ◊ mars, 2010 ◊

28 mar 2010 SEMAINE
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Sucres. J’ai pris trois kilos. Me suis gavé de glaces, de café, de chocolat et d’abricots secs.

Enervement. Je me suis disputé avec Oss. On a discuté sur  le sens de nos vies, notre nouveau rôle. On s’est demandé comment rester un couple,  tout en étant des parents. On s’est réconciliés.

Maman. Elle m’a donné des conseils.  Sur la manière d’envisager la suite du tournage.

Adaptation. Un célèbre roman égyptien dont j’ai décidé de faire un film. J’ai démarché l’auteur pour obtenir son accord.

Indécis. Je suis resté des  heures à me demander s’il valait mieux appeler mon producteur ou lui écrire un mail.

Négociés. J’ai signé pour quatre jours de travail chez Darty. Pour rattraper des heures d’absence, liées au tournage.

Esseulé. Oss est allée à Lyon avec Mathilde, voir sa famille  J’ai redécouvert les journées silencieuses, et les soirées de célibataire.

Semaine.

22 mar 2010 WONDER WOMAN
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J’ai appelé ma mère.

Je voulais lui parler du film. Devant une caméra.

Elle m’a reçue chez elle, après son brushing chez l’Oréal.

Elle m’a regardé allumer mon caméscope, faire mes réglages, patiemment.

Lorsque je lui ai annoncé que les réponses des diffuseurs étaient toutes négatives, et que le montant de l’avance sur recettes, une fois déduits les 50 000 euros que la production avait dépensés, ne suffirait pas à terminer le film, à moins de tourner la suite avec mon caméscope, elle a compris que la situation était grave.

Elle a commencé par me dire que c’était de ma faute, que j’avais fait une série de mauvais choix, et que je venais de foutre en l’air trois années de ma vie.

Il ne me restait plus qu’à  me mettre à travailler sur un nouveau film.

Puis j’ai senti la colère monter en elle.

-    Namir , Je ne te dis pas ça parce que je suis ta mère, mais je crois en toi. Même si je ne connais pas ton scénario, je sais que tu es un bon réalisateur. Intelligent et expérimenté. Alors, tu dois  terminer ce film. Coûte que coûte. Ton producteur est responsable de cette situation. Il devra  en assumer les conséquences. Quant à toi, tu devras  faire de grosses concessions.

Puis elle a montré du doigt mon caméscope.

- Mais aucune qui soit au détriment de tes exigences artistiques.

Elle, qui ne connaissait pas grand-chose au cinéma, avait compris que l’argent était le nerf  de la guerre, que le métier de réalisateur consistait à faire des choix parmi des contraintes  dictées par l’économie. Que le risque pour mon producteur était au pire, de perdre de l’argent. Tandis que le risque pour moi était de perdre beaucoup plus.

Puis elle a soupiré.

-   Tu as toujours eu un problème avec l’autorité. Je suis sûre que tu t’y prends mal avec ton producteur. Si tu veux, je viens avec toi. On va négocier avec lui la suite du tournage.

J’ai souri.

-   Mais d’abord, il faut que tu m’expliques : Qu’est ce que tu veux aller filmer  dans notre village ? Et quel est le rapport entre notre famille et les apparitions de la Vierge ?

Il était peut-être temps que je lui révèle de quoi parlait le film. Et qu’elle en était un des personnages principaux.

15 mar 2010 LA COLONNE VERTEBRALE
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Mon producteur est vraiment bizarre.

Il est toujours à son bureau au téléphone, avachi sur son siège, le regard torve. Jamais je ne l’ai vu marcher, descendre les escaliers ou traverser la rue.

Quand nous avons signé ensemble, il m’avait convaincu : Arte ne pouvait pas lui dire non, Canal Plus ne lui avait jamais refusé un film, et il connaissait très bien les gens de la fondation GAN. Quant aux distributeurs, ils étaient dans la même cour que lui.

Dans un an, le film serait terminé.

Les semaines ont passé.

A chacun de nos rendez-vous, je le retrouvais assis à son bureau, au téléphone. Même regard, même position. J’avais la sensation étrange qu’il ne quittait jamais son fauteuil.

Une fois, il m’a proposé de déjeuner avec lui. Je l’ai attendu au restaurant, guettant son arrivée. Mes doutes allaient enfin être dissipés. Le téléphone a sonné. Un empêchement de dernière minute l’obligeait à rester au bureau. Mon intuition est  devenue une certitude : Mon producteur n’avait pas de colonne vertébrale.

Les mois ont passé.

Arte ne lui avait pas dit oui, Canal plus n’avait pas répondu, et les distributeurs étaient restés muets. Il m’a expliqué qu’il avait fait son maximum, abattu toutes ses cartes. Scénario difficile, sujet pas commercial, réalisateur débutant, et premier montage décevant. Il m’a conseillé d’attendre. J’ai attendu la suite de sa phrase. Nous sommes restés un moment silencieux. J’ai compris qu’il voulait se désengager du film. Mais il avait signé un contrat, dépensé de l’argent. Il était bloqué.

On s’est dit au revoir.

Je l’ai laissé à son bureau, pressé de respirer l’air frais de la rue.

La porte de la production a claqué derrière moi.

Je me suis éloigné d’un pas vif.

Puis je me suis arrêté dans la cour. Sans savoir pourquoi, j’ai levé les yeux à la fenêtre.

Son fauteuil était vide.

En me retournant pour partir, j’ai entendu un craquement brutal.

J’ai d’abord cru que j’avais marché sur une branche.

C’était ma colonne vertébrale.

08 mar 2010 UN PRODUCTEUR SUPERSTITIEUX
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Il y a quelques jours j’ai reçu un mail de mon producteur. On communique beaucoup par mail. (Ca nous oblige à réfléchir avant de nous parler) laissant le téléphone pour les discussions vraiment importantes. Il était sur le point d’aboutir avec un distributeur. Il était très enthousiaste. Mais comme il était superstitieux, il n’a pas voulu m’en dire plus. J’ai essayé de ne pas trop y prêter attention.

J’ai donc  passé ma semaine à faire du montage.  Monter un film, c’est compliqué et passionnant : il faut voir des dizaines de fois les mêmes scènes, tout en se mettant à la place du spectateur qui les découvrira pour la première fois. Jeter un regard neuf sur ses rushes, en essayant de gommer tous les souvenirs du tournage. Perturber la chronologie des évènements pour faire émerger un récit, une structure  et donner du sens aux images, et un rythme à l’histoire.

Quand on est le personnage principal du film, qu’on est dans tous les plans, et qu’il n’y a même pas le regard d’un monteur pour vous aider à prendre du recul, cela demande un degré de lucidité très élevé.  J’ai fini ma semaine, épuisé. Mais content.

J’ai voulu appeler mon producteur pour lui montrer le montage, mais je n’ai pas osé. J’ai préféré attendre la bonne nouvelle : il avait signé avec un gros distributeur.   J’imaginais déjà mon film à l’affiche.

J’ai attendu son coup fil. Et j’ai reçu un mail.

« Namir,

Pour pouvoir partir en tournage rapidement, voici ma proposition.

- On laisse tomber le super 16mm,  et on tourne le film avec le canon 7d (un appareil photo haute définition).  Ce n’est pas un truc de clochard mais une vraie solution pour des films difficiles comme le tien.

- On passe de 10 semaines de tournage à 8.

- Ton salaire sur l’ensemble du film passe de  21 000 à 12 000 euros.

- L’équipe passe de 7 personnes à 4. Il n’y a pas d’assistant caméra, pas d’assistant réalisateur, pas de directeur de production.

-Il n’y a pas d’éclairage ni de machinerie.

-il n’y a pas d’imprévus, pas de budget cadeaux, bakchich, ni de salaire pour aucun des personnages du film.

Dis-moi ce que tu en penses. »

J’ai relu son mail attentivement.

Il avait oublié de me dire pour le distributeur.

02 mar 2010 DU BONHEUR DE TRAVAILLER A LA MAISON
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Après ma semaine d’interventions en Picardie, ou j’ai sauté de train en train, couru de collège en lycée,  je suis rentré à la maison, extenué. Content de pouvoir enfin reprendre le travail sur mon film. J’avais pris du retard, et il me fallait finir le plan de travail, tourner quelques séquences, les monter, et préparer une réunion avec mon producteur.

Mais j’avais négligé un détail : Oss était en congé maternité.

J’aurais peut-être du déménager mon bureau dans la cave, ou lui offrir des vacances en Alaska.

Avec Oss, on a toujours eu des divergences. La vaisselle par exemple. Avant, j’étais du genre à tout mettre dans le lave vaisselle. Et s’il y avait des assiettes qui ressortaient sales, je les relavais ensuite.  Oss elle, était plus  prévoyante. Elle rinçait si bien les plats avant de les mettre dans le lave-vaisselle que j’avais l’impression qu’ils étaient déjà propres.  Je la traitais de maniaque, elle me traitait de cochon. Et on en rigolait.

Mais Mathilde est arrivée.

Hier, Oss m’a demandé de stériliser le biberon après une tétée. J’ai préféré le rincer. Par paresse. Et puis, je me disais  que s’il y avait quelques microbes qui traînaient, ça n’était pas si grave.  Oss s’est mise en colère, m’accusant de vouloir envoyer Mathilde  à l’hôpital. Elle m’a traité de criminel. Je l’ai traitée de psychopathe. Mathilde s’est mise à pleurer. Oss a commencé à crier. Le téléphone a sonné. je n’ai pas voulu décrocher. Oss a claqué la porte.  Et le biberon est resté sur l’évier.

J’en suis venu à regretter ma semaine d’interventions en Picardie.