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L'aventure d'un film » 2009 » mars » 16

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16 mar 2009 WORKSHOP
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J’ai passé dix jours passés en Syrie,  dont trois consacrés à un atelier de pitching et de réécriture.

Nous étions cinq réalisateurs à y participer. Trois égyptiens, deux libanais.  Plus quelques observateurs.

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Nous avons commencé par pitcher nos projets devant tout le monde. Exercice difficile, surtout lorsque les projets sont personnels.  Quatre des cinq projets abordaient des questionnements intimes de leurs auteurs, sur la famille, les origines ou l’identité. Cela me pose vraiment question.

Il y a dans le pitch une dimension intéressante qui oblige à aller à l’essentiel de ce que l’on veut raconter.  Surtout lorsqu’on parle dans une langue étrangère.Dans mon cas, l’essentiel était sans doute mon besoin de retourner en Egypte pour me réconcilier avec mon pays et renouer  avec ma famille. Classique.  Le pitch a aussi une dimension marketting qui me met mal à l’aise.  Convaincre les auditeurs.  Donner l’image de quelqu’un qui sait exactement ce qu’il veut.  Masquer ses doutes.  Je sais que cela fait partie de mon métier.  Mais je n’aime pas cela. Je sais le faire à Darty quand il s’agit de vendre une télévision. Mais demander à Namir de vendre du Namir, c’est autre chose. J’ai  si peur d’assumer que ce projet m’implique entièrement, que je le raconte avec un détachement trop artificiel. Et cela donne le sentiment que je ne suis pas très impliqué dedans.

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Les deux jours suivants, ont consisté à retravailler les dossiers de nos films. 1 page recto verso. Contenant le résumé du film, le style et la specificité du projet.

Les deux animateurs qui encadraient cet atelier sont des pointures du documentaire. Deux danois, très sympathiques et pédagogues.  Ils ont pointé ce qui manquait dans mon projet pour qu’il soit « sexy » :   Un enjeu dramatique fort.  Et renforcer la motivation de mon personnage :  Mon départ en Egypte, qui déclenche le film,  doit être une nécessité pour mon personnage. Et vraisemblablement, cela n’apparait pas encore suffisamment clairement.

C’est sans doute la question qui reste encore à résoudre pour que le pitch fonctionne : « Pourquoi le personnage décide-t-il de retourner en Egypte ? » ou plutôt, en quoi ce départ est vraiment nécessaire pour lui ?

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L’atelier s’est fini par une demi journée de rencontres avec des professionnels. Devant chacun d’eux, nous avons pitchés nos projets.  Leurs retours ont été instructifs. J’ai surtout pris conscience que la qualité des projets n’est nullement en cause quand il s’agit de pitcher.  Les annonceurs ne disent pas oui à un projet artistique, mais à une série de critères qui coincident avec leurs attentes, ou leurs créneaux de diffusion.  Parfois, ils sont simplement séduits par la prestation de l’auteur.  On en revient souvent à des choses aussi simples. Et j’ai encore du travail…

16 mar 2009 J’AURAIS VOULU ÊTRE SYRIEN
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La Syrie et l’Egypte ne sont qu’à quelques kilomètres de distance. Et pourtant…

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D’abord, la cuisine syrienne est bonne.  Moins grasse et plus  fine. N’en déplaise à ma mère, persuadée que tout est mieux en Egypte.

Et puis,  les syriennes sont moins grosses, et plus jolies. Elles ne sont pas toutes voilées. Certains compatriotes leur reprochent un goût prononcé pour des sous-vêtements douteux. Je n’ai pas eu l’occasion de m’aventurer sur ce terrain là.

De manière générale, les syriens sont plus tolérants et plus accueillants que les égyptiens. Même la religion en Syrie est plus paisible qu’en Egypte. Il suffit d’entendre le niveau sonore des appels à la prière pour s’en rendre compte.

Et puis, il y a encore des magasins où l’on peut acheter de l’alcool. Et des cafés où on peut en boire.  Et ce n’est pas réservé qu’aux touristes.

Bref, les syriens aiment bien la vie.

Bien sûr, comme partout les barbus essayent de s’implanter. Ils  gagnent du terrain. Mais le régime de Bashar semble encore être un rempart.  Si je devais choisir entre la dictature et l’islamisme je serai bien embêté. Je dois bien reconnaître que la dictature, ça a du bon.

Bon, évidemment,  il vaut mieux ne pas être kurde. Ni palestinien.  Ni opposant politique. Ni cinéaste indépendant.

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Mais pourquoi se plaindre toujours  de la censure ? Il ne faut pas oublier que les censeurs sont nos premiers spectateurs.

Parfois aussi les seuls.

Raison de plus pour les soutenir.

Ils voient absolument TOUS les films, des plus singulièrs aux plus scandaleux, et dans leur totalité. Peu  de sélectionneurs ont une telle exigence.

A force de tout voir,  certains employés de la censure deviennent extrêmement cultivés et cinéphiles, et finissent par démissionner de leur travail. A l’inverse, de plus en plus de cinéphiles, frustrés de ne pas voir de bons films en salle, n’ont pas trouvé de meilleure solution que de postuler au poste de censeur, pour assouvir leur passion pour le cinéma.

Alors, quand vous allez voir des films durant le festival, ne cherchez jamais à savoir qui est assis à côté de vous.

Certes, on peut regretter qu’il n’y ait pas de débats après les films :  les censeurs sont des puristes. Ils respectent la liberté individuelle des spectateurs. Ils sont convaincus que les films parlent d’eux-mêmes. Et les cinéastes dans les débats ne font que paraphraser, en moins bien, leurs oeuvres.

Franchement, les syriens devraient être fiers de la qualité de leur censure. Peu de pays en ont une d’un aussi haut niveau.

Au fond,  les syriens sont plus libres dans leur tête que les égyptiens. Ils ont une conscience politique plus développée.  Enfin, c’est mon impression.

Mais je reste tout de même fidèle à ma mère.

Fier d’être égyptien.

Fier de notre corruption, de notre pollution, de notre frustration et de nos chansons.

Sauf que parfois, quand ma mère hurle :

- Namir ! à table!

je me dis que j’aurais bien voulu être syrien.

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